jeudi 22 juin 2006, par Samdelfino
La Rencontre
C’était une belle journée d’été, ensoleillé comme tant d’autre. Mais pour moi, même le soleil semblait briller d’un autre éclat. J’était arrivé en avance a ce rendez-vous, comme à tous ceux que j’avais eux avant avec tellement de monde. Mais la personne que j’attendais n’était pas tout le monde, bien au contraire. Elle était celle sur qui j’avais fantasmé depuis des milliers de nuit dans mon lit, depuis mon enfance, depuis que je savais. J’étais au lieu convenu, et j’attendais, rongé d’impatience et de crainte, en dévisageant chaque personne qui tournait au coin de la rue. Elle m’avait écris qu’elle viendrait par là. C’est étrange, mais je n’avais jamais voulu voir son visage en photo, où entendre sa voix au téléphone. Je la voulais en vraie, la découvrir totalement au moins une fois, entièrement, même si cela devait me détruire, de bonheur ou de douleur. Tout à coup, une silhouette passa le coin de cette rue que j’avais si souvent observé, et c’est comme si je voyais la lune, c’était Elle. Je la regardais, elle, si étrangère, et pourtant si familière. Je reconnaissais la couleur de ses yeux, la forme de son visage, si semblables aux miens. Pourtant les ans avaient laissé leurs marques sur elle, infime traces des douleurs passés. Ses yeux étaient braqués sur les miens, et j’y percevais un nuage de sensations, qui déferlaient sur moi et ce faisait échos aux miennes. Cette rencontre, je l’avais rêvé et cauchemardé un nombre incalculable de fois, refaisant le scénario tant attendu et craint, chaque fois le changeant, pour être prête a tout, pour me préparer a toutes les situations. Mais aurais-je pus vraiment me préparer à cela ? Aurais-je vraiment pu me préparer au choc de son apparition au coin de cette rue. Je ne l’avais jamais vu avant, mais dès que mon regard a effleuré sa silhouette, j’ai su, comme un si un instinct ancien me le dictait, que s’était elle, ma mère. Et maintenant, ainsi, l’une en face de l’autre, c’est comme si le temps c’était soudain arrêté, bref instant d’éternité dans cette course de l’existence. Je sentais son anxiété, sa peur, et j’avais envie de la rassurer, de la prendre dans mes bras, geste qu’elle aurait du faire pour moi depuis toujours Je sais qu’au fond de moi il y avait aussi de l’amertume, et j’espérais qu’elle ne percerait pas tout de suite la magie de ce moment avec Elle, ma mère biologique. C’est étrange comme ces mots ont a ce moment précis pris encore plus de sens qu’ils n’en avaient déjà pour moi. C’est ce corps qui m’a engendrée, cette femme qui m’a portée, et qui m’a aimé de si loin pendant toutes ces années. Le silence qui régnait entre nous avait un étrange goût de souvenirs qui n’ont jamais existé. L’une comme l’autre nous imaginions ce que nos vies auraient pu être si elle m’avait gardé. Mais nous savions bien que cela n’était que des chimères bien sombres à invoquer, car cela n’as jamais été, et ne sera jamais. Elle était ma mère biologique, mais pas ma mère. Elle ne m’avait pas vu grandir, souffrir, aimer et haïr. Mais elle m’avait créé. Cela ne lui donnait certes aucun droit sur ma vie, vu qu’elle les avait abandonnés en même temps que moi, mais cela lui donnait le droit de m’aimer, en secret ou non. Je le voyais dans ses yeux en ce moment, je voyais cet amour qu’elle m’avait donné au travers de cette distance qui nous séparait. Et elle me l’avait montré d’une manière si déchirante pour elle, et si douloureuse pour moi. Je le savais depuis toujours, elle m’avait abandonné pour me permettre d’avoir une vraie vie, avec des parents aimants. Et c’est ce que j’avais eu grâce à elle. Le sacrifice pour preuve de son amour inconditionnel pour moi, qu’elle ne connaissait qu’au travers de ces neuf mois passé en elle. Enfin, je me décida à parler, le silence qui nous entourait commençait a devenir lourd de tout ce qui aurait du être. Certes les propos que nous échangeâmes n’ont rien de bien importants. Mais pourtant chaque paroles que nous prononçâmes était chargée de trop de sens, de tellement de sous entendus plein d’amour, et d’envies dissimulées. Je lui parlai de mes études, de mes amis, de mon petit ami, de mon chien. Elle me parlait de son travail, de son ami qui lui avait demandé de l’épouser, de ces années ou elle n’avait pas arrêté de penser a moi. Je lui parla de toutes les fois ou j’avais refais cette rencontre de toutes les façons possibles. Plus nous parlions, attablé à ce café plus nous nous comprenions, mais plus aussi je me rendais compte d’une chose : je ne savais pas si un jour elle ferais partie intégrante de ma vie. J’avais ma propre vie, et elle la sienne. Nous avions toutes les deux réussis a cicatriser la déchirure de notre séparation. Chacune a sa manière. J’avais une mère, elle avait un fiancé. Ni l’une ni l’autre n’avais le droit de venir chambouler la vie de l’autre, aucune de nous deux n’en avais envie.