vendredi 23 juin 2006, par Samdelfino
Chapitre 1
« J’écris ce texte en tout dernier recours, que celui que le hasard a choisi pour exécuter cette quête me pardonne de lui imposer ce fardeau. Mais la vie de notre monde est en jeu » Shadosy, prophète du 10ème siècle, dans une lettre retrouvée au côté d’une prophétie en l’an de grâce 2506 ****************************
Le monde autours d’elle n’était fait que d’arbres morts à perte de vue, le ciel était chargé de nuages menaçants et seule la lune qui arborait une couleur sanguine jetait une lumière spectrale sur la scène qui semblait couverte de sang. Des mains, qu’elle ne voyait pas, serraient son cou de plus en plus fort, elle arrivait de moins à moins à respirer, et ses pieds étaient retenus par les racines des formes d’outre tombe qui constituaient son unique paysage et qui s’enroulaient autours de ses chevilles. Mais le pire c’était que tous cela l’empêchait de pouvoir avancer vers la route qui se trouvait en amont, qu’elle ne pouvait pas voir mais qu’elle savait là, où elle sentait qu’il y allait avoir un événement d’importance. Soudain un grand bruit de taule froissée se fit entendre, et les mains, les racines et les arbres disparurent comme par enchantement. Elle se précipita vers l’endroit d’où venait le bruit même si elle savait qu’il était déjà trop tard. De l’autre côté de la chaussée, une voiture était encastrer dans un arbre, le seul qui avait subsisté, elle se dirigea vers elle comme attirer par un aimant. Le chauffeur était déjà mort, et son visage connu semblait la regarder de ses yeux vides et froids. Sans qu’elle ne puisse réagir, le cadavre bougea et sorti de la voiture. Elle était tétanisée et sans qu’elle puisse réagir lui aussi se mit à l’étrangler, et son odeur de mort s’imprégnait de plus en plus sur elle. Il répétait sans arrêt « Tu m’as tuée, tu m’as tué », d’une voix monocorde et effrayante. Elle sentait petit à petit qu’elle perdait pied et qu’elle allait mourir...
Elle se réveilla en sursaut et en sueur, rejetant violement la couverture loin d’elle, et tentant par ce geste d’éloigner ce cauchemar récurrent qui la hantait depuis trois mois. Encore et toujours ce même rêve, toutes les nuits depuis l’horrible accident. Son réveil indiquait 3h56, tout le monde dormait chez elle à cette heure là, et personne ne se levait avant au moins trois heures. Elle sentait toujours sur son cou ses mains qui serraient de plus en plus fort, pour la tuer, mais surtout ce qui la marquait le plus c’était ce regard de mort, à la fois repoussant et hypnotique, ce regard qu’elle connaissait depuis plus de cinq ans, ce regard qu’elle ne reverrait jamais sauf dans ces pires moments nocturnes. Elle se tourna et se retourna dans son lit, essayant de se rendormir, mais elle n’arrivait pas à trouver le sommeil, et de toute façon elle ne voulait plus retomber dans les bras de Morphée, elle ne voulait pas revivre une fois encore cette horrible scène. Elle décida donc de se lever. Quand elle alluma sa lampe de chevet elle vit cette photo qui avait été prise il y a un an, sa préférée. C’était juste avant leur première sortie de l’année en boîte de nuit, ils étaient tous en pleine forme, tous heureux, mais surtout ensemble tous les quatre. Ses yeux s’attardèrent sur le visage de Marc, ce visage qui la visitait en rêve. Elle passa sa main le long de cette image et soudain elle ne put retenir les sanglots qui lui serraient la gorge depuis des mois. Elle prit la photo sur son cœur et se laissa aller à ce qu’elle avait retenu depuis trop de temps, trop de culpabilité, trop de honte, trop de vide et de peine Finalement elle se sentit un peu mieux et elle alla à la salle de bain pour se rafraîchir. Quand elle vit son reflet dans la glace, elle se reconnut à peine. Ses cheveux d’ébène en bataille, son teint de mort-vivant et ses yeux cernés par des semaines d’insomnies et de nuits interrompues par des cauchemars répétitifs. Cette mine était la sienne depuis la mort de Marc, depuis cette nuit ou elle n’avait pas pu empêcher sa voiture de s’écraser contre un arbre, alors qu’elle en avait la possibilité. A cette évocation, elle sentit des larmes couler des larmes le long de son visage, son regard se reporta de nouveau sur son image et elle les chassa d’un geste rageur de la main, son regard se durci face à son reflet et elle décida qu’elle ne penserait plus à cela durant cette journée, ou du moins qu’elle essayerait, car elle ne savait si elle aurait la force de lutter, même durant une journée, contre ses souvenirs qui la hantaient depuis des semaines. Ses mains s’étaient portées d’instinct vers le collier qu’elle portait autours de son cou depuis toujours. C’était l’une des seules choses qui lui restait de son enfance, de cette enfance dont elle ne se souvenait pas, dont elle ne voulait pas se souvenir. Amener à la DASS à l’âge de 3 ans, elle avait fait un bon nombre de familles d’accueil avant d’arriver dans cette maison à douze ans. Elle y vivait, bien dans sa peau depuis maintenant cinq ans. Elle avait dix sept ans, dont quatorze à se demander ce pourquoi, que pouvait être la chose qui avait poussé ses parents à l’abandonner. Etait-ce don qu’elle possédait ? Etait-il mauvais ?.... Elle avait le visage tourné vers le sol, et sans se rendre compte elle avait serré dans ses mains le pendentif et elle s’était fait une légère coupure sur un de ses angles. Une goutte de son sang perla jusqu’à la pierre qui en ornait le milieu. Elle ne vit pas la pale lueur qui s’échappa alors de l’opale, tout ce qu’elle sentit, ce fut le flash, comme le jour de la mort de Marc. Mais celui-ci fut le plus étrange qu’elle avait fait jusque là. Il était déroutant mais lui rappelait, elle ne savait pourquoi, quelque chose d’enfouit au plus profond d’elle-même, le seul souvenir qu’elle gardait de l’époque ou elle était encore avec ses vrais parents, ce visage féminin d’un blanc d’ivoire au cheveux d’ébène qui se penchait sur elle et sur lequel des larmes coulaient, à la fois de triste et de rage. L’endroit était très sombre, c’était comme un sorte de temple, il se tenait au centre de celui-ci, au milieu d’un lac qui se trouvait être le cœur du temple. Son corps était allongé sur un radeau de bois. Il portait une armure couleur d’émeraude et il tenait dans ses mains son collier. Il se mit à bouger à son approche de la rive de l’étendue d’eau et il se releva. Sur le torse de l’armure, il y avait un trou, et l’on pouvait voir, marqué au fer rouge sur sa peau l’image d’un livre en flamme entouré d’un tatouage représentant deux main qui le tenait et d’un lac aux couleurs iridescentes. Soudainement le jeune homme enleva son haubert et se fut le visage de Marc qui la contemplait et qui lui hurlait « aide-moi ». Au moment ou son cri monta dans les airs, la surface de l’eau devint iridescente et tout disparu dans un grand éclat de lumière. Elle se tenait accrochées au lavabo, sa tête contre la fraîcheur du marbre blanc pour prévenir la migraine qui menaçait déjà à l’horizon de sa conscience, un fin filet de sang coulait de son nez, sa peau encore plus blême qu’avant, ses grand yeux sombres se détachait sur sa carnation, agrandi d’étonnement et de terreur.